23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 16:44

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Boris Vian (1920-1959) est plus connu comme écrivain que comme chanteur. Il nous reste d'ailleurs de lui assez peu d'enregistrements et la plupart de ses chansons ont été chantées par, voire écrites pour d'autres. Il s’est intéressé à la chanson par goût et par nécessité. Des chansons, il en écrivait depuis longtemps, d’abord pour lui-même, puis pour des spectacles ou pour des copains. Tout cela n’était que du divertissement.

L’argent se fait rare et au début de l’année 1954, il décide de se consacrer entièrement à la chanson. Il sera parolier tout d’abord, puis, faute d’interprètes, chanteur.

Dans ses chansons, il exploite deux veines, la première libertaire et engagée, la seconde parodique et humoristique. Vian a écrit près de 500 chansons dans des genres très variés.

C'est un grand pacifiste.
Il meurt en 1959.

Ses oeuvres (musique, romans, poésie... ) connaîtront un grand succès pendant les événements de mai 1968, notamment une autre de ses chansons engagée : le déserteur.



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    Pochette de l'album


 

Contexte historique

En 1945 les Américains envoient la première bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki. Le monde entier prend alors conscience du nouveau danger incarné par la bombe atomique (bombe A) et bombe thermonucléaire (bombe H). Avec ces deux événements, c'est tout un monde qui s'écroule : en effet jusque là, la science est uniquement vue comme un vecteur de progrès, qui permet d'améliorer la vie quotidienne et qui, un jour, permettra à l'homme de ne plus être dépendant de la terre, de ne plus avoir à travailler.

 

Au début des années 50, le monde en pleine guerre froide est dans l’angoisse d’une guerre atomique (on ne dit pas encore nucléaire a ce moment là). Tout le monde craint l’usage de LA bombe alors que la tension entre les deux blocs (Etats-Unis / Union Soviétique) est à son maximum.

 

C’est donc dans cette ambiance qu'en 1955, Boris Vian, pilier des cabarets parisiens et anarchiste, compose sa nouvelle chansonnette...

 

 

Mon oncle, un fameux bricoleur
Faisait en amateur
Des bombes atomiques
Sans avoir jamais rien appris
C'était un vrai génie
Question travaux pratiques

Il s'enfermait toute la journée
Au fond de son atelier
Pour faire des expériences
Et le soir il rentrait chez nous
Et nous mettait en transe
En nous racontant tout

Pour fabriquer une bombe A
Mes enfants, croyez-moi
C'est vraiment de la tarte
La question du détonateur
Se résout en un quart d'heure
C'est de celles qu'on écarte

En ce qui concerne la bombe H
C'est pas beaucoup plus vache
Mais une chose me tourmente
C'est que celles de ma fabrication
N'ont qu'un rayon d'action
De trois mètres cinquante

Y'a quelque chose qui cloche là-dedans
J'y retourne immédiatement

Il a bossé pendant des jours
Tachant avec amour
D'améliorer le modèle
Quand il déjeunait avec nous
Il avalait d'un coup
Sa soupe au vermicelle

On voyait à son air féroce
Qu'il tombait sur un os
Mais on n'osait rien dire
Et puis un soir pendant le repas
Voilà tonton qui soupire
Et qui nous fait comme ça

A mesure que je deviens vieux
Je m'en aperçois mieux
J'ai le cerveau qui flanche
Soyons sérieux, disons le mot
C'est même plus un cerveau
C'est comme de la sauce blanche

Voilà des mois et des années
Que j'essaye d'augmenter
La portée de ma bombe
Et je ne me suis pas rendu compte
Que la seule chose qui compte
C'est l'endroit où ce qu'elle tombe

Y'a quelque chose qui cloche là-dedans,
J'y retourne immédiatement

Sachant proche le résultat
Tous les grands chefs d'État
Lui ont rendu visite
Il les reçut et s'excusa
De ce que sa cagna
Était aussi petite

Mais sitôt qu'ils sont tous entrés
Il les a enfermés
En disant "Soyez sages!"
Et, quand la bombe a explosé
De tous ces personnages
Il n'en est rien resté

Tonton devant ce résultat
Ne se dégonfla pas
Et joua les andouilles
Au tribunal on l'a traîné
Et devant les jurés
Le voilà qui bafouille

Messieurs, c'est un hasard affreux
Mais je jure devant Dieu
Qu'en mon âme et conscience
En détruisant tous ces tordus
Je suis bien convaincu
D'avoir servi la France

On était dans l'embarras
Alors on le condamna
Et puis on l'amnistia
Et le pays reconnaissant
L'élu immédiatement
Chef du gouvernement

 

 

Pied de nez à la peur nucléaire comme aux institutions cette chanson est publiée en première page du Canard Enchaîné du 15 juin 1955.

 

L'histoire racontée évoque les savants fous de bande dessinée ou de dessin animé. On est pas loin de ces explosions qui, dans Tex Avery, se produisent sans arrêt et détruisent tout, sauf le personnage.

Là, c'est une histoire de bombe atomique qu'un bricoleur du dimanche fabrique dans sa cabane à outils. Il se  débrouille pas mal, notre ingénieur-nucléaire-amateur, sauf que sa bombe s'obstine à avoir un rayon d'action de 3,5 mètres. Autrement dit, sa puissance ne va pas au-delà d'un cercle de 7 mètres de diamètre. C'est assez restreint ! Après de nombreuses tentatives pour augmenter la portée, l'inventeur a un éclair de génie : ce qui compte n'est pas la portée, mais ce qui se trouve dedans..

 

 

Cette chanson comme beaucoup d’autres parmi les 450 qu’a écrit Vian deviendra rapidement un classique et sera reprise par de nombreux artistes dont Serge Reggiani, les Charlots ou Sanseverino

 

Sources :

http://www.lacoccinelle.net

http://lhistgeobox.blogspot.com

http://codenestor.canalblog.com

 

 

 

Vous voulez en savoir plus ?

Biographie de Boris Vian sur Wikipedia

Le site officiel de Boris Vian

Publié par Mme Amoureux - dans Histoire des arts
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commentaires

clovis simard 28/12/2012 00:10

la java des bombes atomiques(fermaton.over-blog.com)