Par Mme Amoureux

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Paul Eluard en 1930

 

Courage, poème de Paul Eluard

paru en 1944 dans le recueil Au rendez-vous allemand

 

Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C'est l'air pur c'est le feu
C'est la beauté c'est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d'une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme un épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l'injustice
Pour toi c'est le seul désordre
Tu vas le libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien éléves
Un rayon s'allume en nos vies
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d'entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre coeur
Et c'est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la déliverance
L'espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Ces esclaves nos ennemis
S'ils ont compris
S'ils sont capables de comprendre
Vont se lever.

 

 

Paul Eluard

Poète de l'avant-garde et ami des cubistes, dadaïstes et surréalistes, Paul Eluardde son vrai nom Eugène Grindel (1895 - 1952)


Copyright Oodoc - Paul Eluard, Courage (analyse de texte)
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, de son vrai nom Eugène Grindel (1895-1952) a été l’une des principales figures de la poésie du XX°siècle. Il s’éloigne des surréalistes pendant 1936-37 et rompt avec le groupe en 1938. Pendant l'occupation allemande de la deuxième guerre mondiale, Eluard fit partie de la Résistance. Il participa à la littérature clandestine à la tête du Comité national des écrivains de la zone Nord.

 

 

Introduction
Poète et résistant, Paul Éluard écrit « Courage », extrait du recueil Au rendez-vous allemand pendant la période de l’occupation. Sur un ton à la fois lyrique et déterminé, l’auteur évoque l’oppression dont Paris est victime tout en lançant un appel à la révolte dans l’espoir d’une révolte finale.
Nombreux sont les écrivains, et en particulier les poètes, qui face à une situation tragique ont estimé qu’il était de leurs devoirs de mettre les mots au service d’un combat : ainsi, les mots deviennent des armes.

 

Axe I : Une évocation fidèle de Paris occupé
Le poète évoque tout de suite la détresse de Paris occupé. Le mot Paris est scandé, répété avec insistance, comme une sorte de refrain.
La première détresse de Paris est matériel et physique, évoquée de façon concrète et simple (froid, faim, métro, …) avec des rythmes simples, des balancements (le v.1 est binaire et parallèle). Il renvoi aux privations et aux restrictions. L’idée de manque est renforcée par les tournures négatives, repris également au v.10. On évoque la maigreur de Paris.
Mais il existe également une détresse morale et psychologique (v. 2 et 3 qui ont un double sens). Les marrons renvoient à une détresse matériel mais symbolise également les petits plaisirs de la vie, la joie ; ne plus gouter aux plaisirs de la vie. Présence d’allitération en P, M et V dès le début qui créer une impression d’insistance. Les marrons sont les petits plaisirs de l’époque.
Les vêtements de vieille ne font pas forcément allusion aux restrictions matérielles, mais également au deuil de la liberté qu’ils portent : une détresse morale. Cette détresse morale se rajoute au climat d’oppression : Paris est dans une situation désespérée, il fait allusion aux exactions dont Paris est victime. L’allusion à l’oppression est faite par le métro, lieu où les gens se réfugient.
On évoque Paris qui tremble comme une étoile. Cette dernière peut évoquer celle que portent les juifs et l’oppression qu’ils subissent.

Il évoque les morts et les victimes à travers ceux qui se sont opposés.
Le présent renvoi à l’actualité et rend plus concret ce poème : Éluard parle comme s’il était témoin et rend ce poème saisissant, réel et concret.
Le poème ne se contente pas d’un simple constat : il n’est pas neutre. Éluard s’implique fortement dans son poème et le fait d’être attentif aux souffrances des parisiens (v. 5, 9, 10) s’explique par son attachement pour la ville et ses habitants. Derrière ces malheurs, Paris existe toujours et il ne suffit que d’un petit quelque chose pour qu’il revive.

 

Axe II : L’amour et l’admiration du poète pour Paris.
Son attachement est montré par le mot Paris qui est scandé et placé en position d’anaphore, mais également par l’utilisation de la 1ère et 2ème personne avec le tutoiement qui montre une certaine familiarité.
On sent à travers ce poème une très forte implication de celui qui parle et aussi un certain lyrisme avec l’utilisation de la première personne et la volonté de faire passer des sentiments : la tendresse de l’auteur pour la ville, pour les démunis et les habitants en général ; mais également une admiration pour une ville qui malgré l’accablement, l’humiliation, la boue, le deuil de la liberté, n’a rien perdu de sa fascination : une ville qui ne demande qu’à revivre (v.12 avec une allitération en V avec deux mots de même famille).
v.15 : « tout ce qui est humain » est à prendre dans le sens de l’humanisme : Paris est une ville qui reste fidèle au respect de la dignité de l’homme et attachée à ses idéaux. C’est une ville qui continue à vivre, même sous une chape de plomb (v.16).
v.17 « fine » symbolise la fragilité, mais aussi la beauté, l’élégance. Elle est forte comme une épée : une ville rebelle qui à conservé son pouvoir de résistance : de tout temps Paris a fait trembler les pouvoirs comme la révolution de 1789 qui part de Paris. Présence également de référence à la ville lumière. Son engagement n’empêche pas le lyrisme.*

 

Axe III : La nécessité d’un sursaut et d’un renouveau
Il n’est pas question de se résigner ou de subir : il faut un sursaut qui va entrainer une renaissance de Paris : la situation évoquée n’est que provisoire. Il utilise l’impératif pour refuser la passivité et montrer la nécessité d’une réaction. Il appelle ainsi à la fraternité et à la solidarité (v. 25 « frères ayons ») avec l’utilisation de la 1ère personne du pluriel et ce malgré les difficultés. Il fait référence à la résistance avec « l’armée de l’ombre » et aux martyrs de ceux qui sont déjà tombés pour la France (v.30). Mais, le poème reste  optimiste : le sang versé n’est pas inutile (v.31).
À travers des images psychologiques (sang, veines, coeur) qui sont empruntés au corps, il émet l’idée que le sang versé par les morts allait aux personnes qui leurs succèdent : c’est une chaine ininterrompu où des personnes prennent la suite des morts en permanence. Les martyrs sont des modèles : ils ont tracé un chemin qu’il faut suivre. Présence de l’image du matin et du  printemps. Le premier symbolise le réveil et le second le renouveau (ici de la ville et de la France) : c’est une image que tout le monde peut comprendre. Il a l’espoir d’une victoire avec un renouveau et un monde meilleurs.
La fin du poème est étonnante (v. 35 et sq.) avec une allusion à l’ennemi avec « la force idiote » car l’ennemi est prisonnier de l’idéologie nazie et ne peut ainsi pas réfléchir : même l’ennemi peut s’en sortir car s’il réussi à comprendre il redeviendra humain.
Dans ce poème il y a pratiquement pas un seul mot de haine envers l’ennemi : c’est un message d’espoir, mais aussi très généreux : absence de  manichéisme.

 

Conclusion :
C’est un poème typique de la littérature résistante de l’époque, cela se voit dans la forme et dans le fond du poème.
L’auteur utilise un vocabulaire très simple et il en va de même pour la syntaxe et les rythmes qui sont binaires.
La simplicité se retrouve également dans le thème : la souffrance, l’amour, la mort, le courage, l’espoir.
Il y a une volonté de faire passer un message dans les meilleures conditions avec une simplicité et d’efficacité.
Il y a une détermination dans le ton et la référence culturels accessible à tous.
Éluard aurait pu brosser un tableau pessimiste et fataliste de la situation, mais sans nier le côté tragique, il adopte une voie optimiste et laisse même une chance à l’ennemi.

Il essaye ainsi de brosser un tableau fidèle de Paris.
On retrouve ici des aspects typiques de la poésie d’Éluard : avec une ouverture sur le monde, une aspiration à la liberté qui n’est pas nouvelle dans son oeuvre et enfin une poésie « facile » et une grande fluidité.

 

Source : http://yaoqui.free.fr

 

Vous voulez en savoir plus ?

La fiche bilan Histoire des arts du collège Bédier de La Réunion

La biographie de Paul Eluard sur Wikipedia



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